Lettre ouverte à toi, mon ami « malfaiteur »

Kevin, l’un des « malfaiteurs » de Bure, a été arrêté à l’occasion d’une brève réoccupation du Bois Lejuc, puis immédiatement placé 4 mois en détention provisoire pour non-respect de son contrôle judicaire.

Vous pouvez lui écrire pour le soutenir, en gardant bien à l’esprit que le juge d’instruction peut lire toutes les lettres qui lui parviennent ! Voici ses coordonnées :
Kevin Fluchs, n° d’écrou : 16654
Centre Pénitentiaire De Nancy-Maxeville
300 rue Abbé Haltebourg 54320 MAXÉVILLE

Le texte suivant, également paru sur bureburebure.info (l’automedia de la lutte contre Cigéo), nous a été transmis de manière anonyme. Il témoigne de la solidarité vivace entre les personnes mises en examen, par delà leurs interdictions de communiquer. Feu aux prisons !

Lundi 22 juillet 2019

Mon ami, sous un arbre fruitier, je t’écris ces quelques lignes ; les oiseaux accompagnent mes mots et une légère brise porte mon  esprit vers toi.

Toi que la « Justice » a décidé d’enfermer 4 longs mois parce que tu n’as pas respecté ton « contrôle judiciaire » : cette sentence avant l’heure qui t’interdit de « paraître dans les départements de Meuse et de Haute-Marne » et qui interdit aussi que je « rentre en relation avec » toi et d’autres de nos ami⋅es.

Pourquoi ces interdits punitifs avant même d’être jugé⋅es ? Car nous serions des présumé⋅es malfaiteurs et malfaitrices – quoique leur loi, soumise à la domination patriarcale, ne féminise pas l’infraction – qui pourrions trafiquer des preuves sur place et même nous entendre sur une version des faits, commis pourtant bien avant nos mises en examen et leur lot d’interdictions. L’absurdité ridicule ne tue pas plus les pourvoyeurs et pourvoyeuses de projets inutiles et imposés que les juges…

Toi, libre comme l’air, malgré les cages dans lesquelles on t’a déjà enfermé depuis l’enfance, tu n’as pas pu t’empêcher de franchir ces barreaux virtuels pour retourner fouler ce sol de Bure dans lequel on veut dissimuler le plus grand dépotoir atomique de notre société.

Pourquoi prendre ce risque ? Parce que ta conscience te dit qu’il y en a un plus grand encore : celui de la destruction d’une forêt, symbole de la poursuite du projet de méga-poubelle nucléaire et de son monde ; symbole aussi de notre rencontre, de nos rencontres lors de ce fameux été 2016 en lutte joyeuse, belle et tortueuse, tantôt sous les vertes et tumultueuses frondaisons du Bois Lejuc, tantôt sous le toit chaleureux de notre grande maison commune, la Maison de Résistance, tantôt au gré des souvenirs sur les innombrables sentiers autour de Bure …

Toi que, probablement, jamais je n’aurais croisé sans cette forêt à défendre, tu as eu, encore une fois, cette courageuse énergie d’aller, malgré tout, protéger ces arbres centenaires face au bulldozer
destructeur de leur monde et de ses « progrès » mortifères. Ton indocile opiniâtreté force le respect, n’en déplaise aux tristes robes noires.

Elles t’ont mis dans l’ombre, mais c’est moi qui reste dans l’ombre, dans ton ombre. Merci du rayon de soleil que ton sourire et la fragilité de tes larmes m’offre quand on se tombe dans les bras au hasard de retrouvailles…

Mon ami, je t’envoie tout mon soutien, ma rage et mon amitié : je t’aime d’un amour de camarade comme jamais un insignifiant petit juge, aussi acharné soit-il, ne pourra s’en approcher, ni même l’imaginer.

Nous sommes la forêt qui se défend, irradieux et irradieuses esprits de chouettes hiboux que rien, ni personne ne peut enfermer dans quelconque prison. Tiens bon.

Un⋅e malfaiteur⋅trice